Un livre dans la main, au coin de la fenêtre, regarder les rides humides du verre. Que faire d'autre sinon attendre que le temps passe? Il pleut.
J'ai perdu le début d'un texte. Il était minuit passé, je revenais d'une soirée. Fatiguée mais affamée, je me suis préparée une tartine de chocolat. Quand soudain, l'inspiration est venue. Les mots s'inscrivaient presque tout seuls sur une vieille feuille de papier, trouvée au fond de la corbeille en osier. Je décrivais la soirée, les Réunionais, l'ambiance devant le grand écran qui retransmettait le match contre les All Blacks, les sifflets lorsque le Président (oh! Quel blasphème que cette majuscule mais je suis amoureuse du français. Passion oblige!) a crevé la surface paisible, la Marseillaise résonnant sur la place de la Comédie. Cet hymne barbare qui faisait rougir Marianne tandis que des innocents paroliers hurlait les mots de guerre. Je me souviens du Cyclope qui se transformait en dragon. Un mur de fumée devant ses narines blanches faisait naître des rêves dont l'odeur de cuir et de cerise avait assoupi ma peine. Les narguilés, anorexiques métalliques en dentelle forgée, étalaient leur tentacule annelée jusqu'à nos bouches. Une voix rauque vibrait sous l'écharpe noire. Les pâtisseries orientales retiraient leurs voiles sous les caresses des langues. Des ruches abandonnées dansaient au-dessus de nos têtes... Mais épuisée, mon esprit à repousser les mots. Le lendemain, ils étaient partis. Aucune lettre d'adieu, seulement des maux de tête...